À titre de directrice, investissement responsable, Adelina Romanelli supervise l’approche de Placements mondiaux Sun Life en matière de durabilité. Avec l’importance croissante des facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG), le rôle d’Adelina a évolué.

Elle s’implique dans plusieurs initiatives, dont la recherche de gestionnaires de Gestion d’actifs PMSL inc. Adelina apporte ainsi une optique ESG à l’évaluation de nos sous-conseillers. De plus, elle participe aux efforts pour élargir notre gamme de produits. Adelina supervise aussi la manière dont nous communiquons ces priorités. Dans cette entrevue, elle nous explique comment l’investissement durable et l’intégration des facteurs ESG font évoluer son rôle.

Q : Pourquoi Placements mondiaux Sun Life a-t-elle créée un poste propre à l’investissement responsable ?

R : Ma fonction s’intègre parfaitement à la mission de la Sun Life, qui est d’aider nos Clients à atteindre une sécurité financière durable. C’est aussi vrai pour celle de Placements mondiaux Sun Life, qui est d’aider les Canadiens à se constituer un patrimoine et à gérer leurs risques financiers. Les enjeux touchant les facteurs ESG convergent les uns vers les autres. Ça augmente les pressions sur les capitaux naturels et humains. Ce n’est pas sans impact sur la valorisation des entreprises. On en voit les effets dans tous les types d’investissements, mais aussi sur les entreprises et sur les gouvernements. Dans les décisions d’investissement, ce concept peut prendre vie via l’intégration ESG ou par l’inclusion des questions ESG.

Pour aller plus loin, nous devons reconnaître que les défis inhérents aux problèmes environnementaux et sociaux touchent notre écosystème tout entier, y compris financier. Nous le reconnaissons d’ailleurs. Si nous tentons de rendre cet écosystème plus résilient (tant financièrement que pour l’environnement), c’est toute l’économie qui en sera renforcée et qui s’ajustera au fil du temps. Appliquer cette optique multidimensionnelle et holistique sera utile pour les Clients à long terme. Ça le sera aussi pour la société. Cela correspond à nos objectifs à Placements mondiaux Sun Life, ainsi qu’à la mission de notre société mère.

Q : Comment s’y retrouver, alors que l’investissement responsable est un large éventail couvrant plusieurs éléments ?

R : Il n’y a pas de définition uniforme de l’investissement responsable ni de ce qui y est inclus. L’investissement responsable comporte de multiples facettes. L’objectif principal demeure d’investir de manière proactive. On y retrouve :

  • La sélection positive, qui est un type d’investissement responsable où l’on choisit des entreprises présentant des profils ESG attrayants, en amélioration ou qui respectent des normes ou des seuils spécifiques. Par exemple, on y retrouve la sélection d’entreprises qui respectent les normes internationales des droits de la personne. Ou encore celles qui sont impliquées dans l’atteinte d’impacts environnementaux positifs.
  • L’intégration ESG, comme je l’ai mentionné, intègre les questions ESG dans tous les aspects des décisions d’investissement. Cela contribue à la valorisation de l’information.
  • Le désinvestissement (aussi connu sous le nom de sélection négative) est une autre approche. Les décisions de désinvestissement peuvent être établies en fonction de préférences ou de valeurs. On peut refuser de soutenir certaines industries, comme les paris, le tabac ou les énergies fossiles, par exemple. Ces décisions peuvent aussi être prises en fonction de valeurs financières. On peut exclure les sociétés qui violent les droits fondamentaux de la personne, par exemple. Cela entraînerait probablement l’effritement de leur valorisation avec le temps.

Q : Est-ce que Placements mondiaux Sun Life a demandé à des sous-conseillers de se désinvestir de certains secteurs spécifiques ?

R : Nous voyons le désinvestissement comme un dernier recours. Nous préférons que nos sous-conseillers s’engagent avec ces compagnies plutôt que de s’en désinvestir complètement. Si tout le monde se désinvestit de certains secteurs spécifiques, nous croyons que la société ne sera pas en mesure d’attaquer les grands défis auxquels nous faisons face. Encore une fois, ça démontre que nos écosystèmes sont profondément interconnectés.

Il ne faut pas oublier que des enjeux systémiques sont liés à tout cela. Prenons l’exemple d’un gestionnaire d’investissement responsable qui refuse d’investir dans une entreprise ayant un historique et une trajectoire d’émissions de carbone élevées. Il y perdrait alors sa voix et, potentiellement, une occasion de s’engager avec l’entreprise. D’un autre côté, il peut s’engager avec la même société individuellement ou collectivement, en travaillant avec ses dirigeants ou via un vote par procuration, par exemple. Le gestionnaire d’investissement pourrait l’influencer pour qu’elle fasse évoluer son modèle d’entreprise et ses pratiques. L’engagement combiné à ce plaidoyer pourrait ouvrir la voie à des changements durables sur le plan environnemental et social.

Obtenir des résultats positifs face au changement climatique ou à des structures sociales inéquitables sera bénéfique pour les économies et les écosystèmes. Nos investissements en ressentiraient alors les effets d’entraînement. En tant que gestionnaire de fonds présent dans de nombreux secteurs et zones géographiques, nous sommes exposés à une multitude de risques systémiques. Le plus grand levier que nous avons est d’encourager l’engagement actionnarial afin d’attaquer directement ces défis systémiques. Nous ne pouvons le faire via le désinvestissement. Cela dit, nous reconnaissons l’urgence et le besoin de changement. Si besoin, nous accordons une attention particulière aux stratégies d’escalade. On peut y retrouver l’atteinte d’objectifs limités dans le temps, notamment lorsque les représentants de l’entreprise ne sont pas ouverts au dialogue.

Q : Dans l’industrie, nous entendons de grands engagements en faveur de l’investissement responsable et de l’action climatique. Mais nous savons que cela peut être en grande partie de l’écoblanchiment. Comment savoir si une entreprise ou un dirigeant met réellement ses ambitions en action ?

R : Tout notre écosystème est inondé d’engagements et d’ambitions. Malgré tout, les problèmes demeurent. Ils s’aggravent même parfois. Le plus gros problème ? De nombreux dirigeants de conseils d’administration de sociétés et gestionnaires de portefeuille visent la performance à court terme. Et ce, parfois au détriment de la création de valeur à long terme.

Changer cela nécessitera un grand coup de barre. C’est probablement pourquoi nous voyons autant d’écoblanchiment. Si les gens sont incités à bien faire dans une perspective à court terme, ils ne feront pas attention au long terme. C’est pourquoi il faut responsabiliser les hauts dirigeants des entreprises et les conseils d’administration. Il faut qu’ils intègrent des indicateurs clés de performance suffisamment audacieux.

Q : Comment un gestionnaire de fonds comme PMSL peut-il inciter des entreprises à réfléchir aux questions relatives aux facteurs ESG ?

R : La culture d’entreprise est un facteur essentiel.

Ce n’est pas si aisé, puisque les facteurs ESG sont relativement nouveaux, dynamiques et à multiples facettes. Intégrer les facteurs ESG explicitement et systématiquement n’est pas une transition si simple à entreprendre. Il faut bien cibler la formation et les discussions pour en voir les effets. C’est pourquoi la culture et la direction que prend l’entreprise sont si critiques.

Ça prend aussi une connaissance intime de l’entreprise et une compréhension naturelle de l’évolution des questions ESG. L’interconnectivité de nombreux défis ESG importants et de la nécessité de mettre l’accent sur les résultats font que nous nous attendons à ce que nos gestionnaires continuent d’amplifier ces voix. Ils peuvent le faire en discutant des points soulevés ci-dessus. Ils se doivent aussi de fournir la transparence nécessaire.

Q : Quelle est la prochaine étape du parcours de Placements mondiaux Sun Life en matière de durabilité ?

R : Il est essentiel d’élever nos attentes concernant les pratiques d’actionnariat responsable de nos gestionnaires. Cela afin d’amplifier leurs voix — et, par surcroît, la nôtre — sur ces questions urgentes. Nous nous efforçons aussi de comprendre dans quelle mesure nos sous-conseillers ont ces problèmes en tête. Nous voulons que les sous-conseillers gèrent le capital avec perspicacité et prévoyance. Nous souhaitons aussi qu’ils s’engagent à agir en tant que gardiens responsables et proactifs. Notre but ? Que nos sous-conseillers prennent conscience des enjeux systémiques qui les guettent pour que les entreprises dans lesquelles ils investissent puissent, à leur tour, élever leur jeu.